lundi 15 juin 2015

La vérité vraie sur les femmes d'expat' en Norvège

En cette fin d'année scolaire norvégienne surbookée, me trotte dans la tête une réflexion sur ma fonction actuelle dans mon pays d’adoption. Ma fonction, mon titre de gloire, ma carte de visite, c'est femme d'expatrié.

Oui je dis bien bien femme d'expatrié dans le sens où mon husband est expatrié en Norvège pour une durée de 3 ans, et qu'on dispose des avantages et privilèges liés à ce statut. En clair, on n'est pas venus ici sac au dos, Braillards sous le bras, et sans endroit où dormir..

Je suis donc femme d'expatrié, femme d'expat' pour les intimes, FE pour aller plus vite. Que n'ai je entendu sur les FE : femme oisive, hors des réalités, elle sert des Ferrero à l'ambassade, en souriant connement. Entre une séance shopping et une séance coiffeur, la FE boit le thé l'après midi tout en donnant des ordres à son petit personnel autochtone. Le soir venu, elle fait gouzi gouzi sous le menton à ses gamins avant de se rendre à un dîner habillé avec son époux.

Rétablissons immédiatement la vérité :

Idée reçue n°1 : Les FE, c’est que des glandeuses assistées

Mouais et ben pas en Norvège, mon pote. Ici point de bonniche qui vous fait de l'air avec un éventail géant, pendant que la cuisinière vous consulte sur le repas de soir. Le prix d'une femme de ménage représente un bras ou deux.
Je me suis donc auto-proclamée championne 2014/2015 de vidage de lave-vaisselle en moins de 2 mn, ainsi que vice-championne du remplissage de sèche-linge les yeux bandés et une main dans le dos (je déconne). Bref tout ça pour dire que les mythes de l'expatriation Club Med n'ont pas lieu d'être en Norvège.

Coté Braillards, ne pas espérer plus d'assistance. On s’occupe de nos marmots et pas 10 minutes le soir quand ils sont déjà au lit. Et pas de grand-mère à proximité pour prendre le relais de temps en temps. Pas de nounou sur qui se décharger en cas d'overdose de Braillards. On ne peut compter que sur nous mêmes.
Qu'il pleuve, qu'il neige ou vente, qu'il fasse beau et chaud (plus rare en Norvège), la FE est toujours fidèle au poste, disponible pour ses Braillards, un goûter dans le sac, une paire de bottes propres à la main, le sourire aux lèvres quand un de ses braillards lui saute au cou dans son habit de pluie dégueu. La FE est toujours prête à aller se geler les fesses au parc pour contempler ses braillards sauter dans les flaques géantes, glisser sur des toboggans poussiéreux, en pensant aux 1000 lessives qui l'attendent.

Comme une femme au foyer me direz-vous ?
Oui, mais une femme au foyer en mode aventure....

Idée reçue n°2 : les FE sont plan-plan

Pour une FE, l'aventure, c'est tous les jours.
En Norvège, j'ai fait les urgences plusieurs fois, j'ai stressé chez le dentiste, qui pour la peine m'a délestée de 6 000 NOK (+ de 700 €) pour 2 soins et un détartrage.
J'ai patienté chez le véto, qui pour la peine m'a délestée de 4 000 NOK (470 €). J'ai prié tout bas pour que mon chat n'ait jamais de problèmes de dents, ah, ah..
Et tout ça, seule, en anglais mélangé de norvégien.

J'ai fait plusieurs anniv' de braillards norvégiens, seule, et baragouiner norvégien avec des parents en mangeant des pølse à 14h00, c'est pas l’aventure, ça ??
J'ai bouffé du grønnkål (chou vert) en pensant manger de la salade verte. J'ai bouffé du grønnkål haché surgelé en pensant manger des épinards. Alors, y'a rien, là ?
J'ai conduit sur de la glace neigeuse, de la neige verglacée, du verglas enneigé... ahhh... je sais plus trop..
Et rappelez vous de l'épisode patinoire/luge...

C'est bien beau tout ça, l'aventure, les pølse, le véto hors de prix, mais pour quelles perspectives salariales ? Oui à combien évaluer l'investissement corps et âme de la FE au confort de son foyer ?
C'est là que le bât blesse. Rapporté au travail fourni, le taux horaire est dérisoire. Allez quoi, un resto avec les copines de temps en temps..
Pas de salaire, pas de points de retraite-FE, pas de RTT, pas de compte épargne temps...

Mais, par contre, le privilège d'aller à la plage parce qu'il fait soudainement beau, d'aller voir des aurores boréales tout en haut du pays, de pouvoir faire de super visites d'Oslo, de passer beaucoup de temps avec ses braillards sans les bousculer....
....le privilège de ne rien faire (de temps en temps), de faire pleins de choses (souvent)...
Et même le luxe d’être une mère indigne en allant chercher ses Braillards à l'école/barnehage à la dernière minute (eh, oh, ça va, si on était encore en France, ils auraient une vie beaucoup moins sympa !!).

Vous l'aurez compris, la FE n'est pas une neu-neu avec les deux pieds dans le même après-ski, c'est au contraire le pilier dans l’aventure de l’expatriation, un peu celle sans qui rien ne serait possible.. (après toi, mon husband bien sûr).

Ha det bra !

mercredi 15 avril 2015

Dilemme in Spain

Toutes mes confuses pour ces longs mois sans écrire.. Je sais c'est mal et c'est mauvais pour mes stats.
Bref.

A l'heure où Oslo sort de l'hiver, les Norvégiens prennent un avant goût de l'été en se tirant massivement en Espagne pour pouvoir manger tranquillou des pølse sur la plage.
Après deux hivers dans mon pays d’adoption, je comprends. Sympa le ski et la neige, mais il faut sa dose de chaleur, bordel.

Nous voici donc en partance pour le sud de l'Espagne, via Amsterdam. Aller retour, ce qui nous fait 4 avions tout de même.

Il vient un temps, quand les Braillards grandissent, où on a l'impression d'être sorti du trip couches qui débordent-poussées dentaires et réveils nocturnes... On franchit un cap. Est ce à dire que ce temps est venu pour moi ? Y'a du pour et du contre, comme je m'en vais vous le conter..

Donc l'avion : le hasard, qui fait souvent bien les choses, avait décidé que c'était mon Husband qui serait à côté des Braillards pendant que je serai de l'autre côté de la rangée, en backup et prête à intervenir d'un bond (enfin, en cas de force majeure, quoi).

Et ben, croyez moi ou non, ça l'a fait. Merci éperdu à la tablette, qui captive Braillard1 et Braillard2 et merci à Husband qui a assuré grave.

J'ai regardé avec émotion et curiosité 2 familles, qui occupait les rangées devant nous, avec braillards en bas âge. Les petits morveux, énervés et bruyants, faisaient braire leurs parents, tapaient sur les sièges de devant et se tortillaient dans tous les sens. Nous y'a 1 an, quoi. J'aurai voulu mettre la main sur l'épaule des parents et les rassurer "Vous verrez, dans quelques mois/années, ça ira mieux, gardez espoir et n'allez pas nous ouvrir la porte de secours pour en finir". Au lieu de cela, je me calais dans mon siège et me tapais le luxe de feuilleter à deux mains le magazine de l'avion... "tiens si je m'achetais un coffret Lancôme à 79 € ?"

On s'est même permis, avec mon Husband, de surveiller attentivement le cockpit, prêts à dégainer un stock de Xanax, ainsi que nos meilleures blagues pour dérider un éventuel pilote déprimé (ok je sors).

A part les virées pipi-caca et la gestion de la bouffe (les 2 plaintes récurrentes des Braillards sont : "je veux faire pipi/caca" et "j'ai faim, mais qu'est ce qu'on va manger ??" Oui d'accord.... il y a un rapport entre les deux bien sûr), les trajets se sont donc plutôt bien passés. J'avais l'impression d'avoir passé un cap, mais comble du masochisme, je me disais à nouveau et malgré toutes les galères, qu'il y avait la place pour un 3ème Braillard. Mouaif !

Arrivés au club de vacances, c'est le top, chaleur agréable, terrasse en plein soleil, et vue sur le rocher de Gibraltar.


Le bonheur au soleil
Le famous Rocher tout au fond

A la piscine : là les choses se corsent. Braillard1 a décidé de prendre la piscine et ses abords pour un stade d'athlétisme et compte le nombre de tours de piscine qu'il fait, en courant à fond la caisse, bien sûr. ça n'a pas l'air d'affoler le maître nageur, qui ne nous fait aucune remarque.. Il doit penser à la paella qu'il va s'enfiler le soir (amis des clichés bonjour, enfin plutôt hola ! ah ah ). 
Braillard2, qui suivrait son frère au bout du monde sans réfléchir 1 seconde, fait la même chose avec ses petites jambes. Pas au même rythme alors ça fait 2 mouvements de la tête à faire pour les suivre du regard, c'est crevant.
Je me retrouve à m'époumoner "On COURT sur l'herbe, on MARCHE sur le béton" sous les yeux des vacanciers espagnols, qui découvrent avec étonnement que les français peuvent parler aussi fort qu'eux (voire plus).

Autant dire que je ne me suis pas assise une seconde, les bras croisés et les sourcils froncés, tournant la tête au gré des passages des 2 Braillards, telle une maître nageuse attentive et consciencieuse (pas comme l'autre qui pensait à ses calamars frits).
Leur père leur ayant acheté des pistolets à eau, les deux salopiauds ne se sont pas gênés pour m'arroser à chacun de leur passage, me faisant pousser des petits cris aigus. Je me suis mise à courir moi aussi et les vacanciers espagnols nous ont trouvés de plus en plus bizarres.

Conséquence, je m'empressais de taper sur Google "quelles démarches pour se faire ligaturer les trompes" sur mon portable, oubliant toute idée d'agrandir la famille.

Intrigués par le rocher de Gibraltar qui nous faisait face, nous décidâmes un jour d'aller le voir de plus près.
Gibraltar est un territoire britannique d'outre mer et est donc séparé de l'Espagne par une frontière. L'attente est longue et la litanie des Braillard n'a pas cessé  "je veux faire pipi/caca", "j'ai faim, mais qu'est ce qu'on va manger ??".

Un peu plus tard, je me retrouvais seule avec les Braillards à attendre un téléphérique qui allait nous hisser en haut du rocher en 6 minutes top chrono.


Même pas peur !

Pour d'obscure raisons, Husband avait décidé de monter de son côté en voiture.

Les deux Braillards s'étaient certainement mis d'accord pour me faire renoncer à prolonger la descendance. Excités, profitant de la longue file d’attente, ils se chamaillaient, braillaient, se bastonnaient et se suspendaient à la rambarde de l’escalier (retenez bien, c'est important pour la suite). Je priais pour qu'il n'y ait pas de français dans la file d'attente, car mon langage euh.... excédait mes pensées on va dire.

Dans la file, un couple anglais d'un certain âge nous regardait avec émotion et curiosité, je pense qu'ils auraient voulu me rassurer et me dire "Vous verrez, dans quelques mois/années, ça ira mieux, gardez espoir et n'allez pas vous jeter dans le précipice du téléphérique pour en finir". On a un peu discuté, ils m'ont dit avec gentillesse que leurs enfants étaient grands maintenant. Observant Braillard1 et 2, ils ont conclu que les petits d'homme descendaient vraiment des singes.. (= la rambarde, vous vous rappelez ?)

Habile transition, puisque ce sont avec les macaques berbères, qui peuplent le Rocher de Gibraltar, que l'on se retrouvait nez à nez ou presque à la sortie du téléphérique. Effectivement, la ressemblance avec mes Braillards me sautait tout de suite aux yeux : comme eux, ils sautaient partout, se suspendaient aux branches, poussaient des cris dans tous les sens et les petits se collaient à leur mère.....

Le soir, après avoir endormi les Braillards, on se disait que le temps avait passé, qu'on avait franchi un cap bla bla bla. Braillard2 n'a plus de couches depuis peu, et on a des nuits enfin normales. Oubliant les Braillards-macaques et mes mésaventures, je me mettais à nouveau à rêver à un 3ème lardon et tapais sur Google "gérer une grossesse tardive". Voilà comment je me mets à avoir les cheveux qui fument : en transformant des vacances en Espagne en dilemme au soleil !

Ha det bra !