samedi 22 août 2015

Au barnehage : suite et fin

Braillard2 quitte le barnehage norvégien (jardin d’enfants) pour entrer à l'école maternelle française. C'est peut être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup. C'est une page qui se referme, après deux ans de découvertes, d'étonnements en tous genres et de certains agacements aussi.

Quitter le barnehage, donc le système norvégien, pour l'école française, c'est sortir d'un joyeux bordel étranger à nos principes un peu rigides. C'est un peu comme se caser pour un célibataire, après des années de papillonnages à droite à gauche, ou entrer dans la vie active après une vie étudiante à la cool... voyez le truc.

Le barnehage c'est donc un univers à lui tout seul. 
C'est déjà une gestion matérielle énorme pour les parents en termes de fringues : imaginez des dizaines de casiers regorgeant d'habits de pluie, de combinaisons de ski, de polaires, de vêtements de rechange, de bottes de pluie, de baskets, de gants, de tours de cou. Maintenant imaginez la probabilité pour que ses fringues se retrouvent, pour une raison inconnue, ailleurs que dans le casier de leur propriétaire... Oui, un beau bordel, c'est ce que j'ai imaginé et vécu aussi.

Le barnehage c'est :
Retrouver des vêtements qu'on ne savait même pas perdus... Etre content.
Retrouver des vêtements qu'on ne cherchait plus... Etre content.
Ne jamais retrouver des vêtements qu'on pensait retrouver c'est-comme-ça-au-barnehage-on-finit-toujours-par-les-retrouver-même-des semaines-après... Ah ben non.

Au bout de 2 ans de matpakke (lunchbox pour les lecteurs qui débarquent), j'avoue que je n'ai toujours pas compris comment les repas fonctionnaient.
J'ai renoncé car c'est comme la tauromachie ou le catch, quand vous n'êtes pas tombé dedans tout petit, c'est peine perdue, vous captez rien.
Il fallait fournir un repas, sachant que le barnehage fournissait l'autre repas salé froid, sauf 2 jours par semaine où le barnehage donnait un repas chaud aux braillards. Mais quelquefois les jours changeaient, donc comme j'amenais un repas chaud, Braillard2 se retrouvait à manger 2 repas chauds dans la journée, genre poisson-riz fourni par moi et fiskekake (poisson aussi)-pâtes fournis par le barnehage. Z'avez rien compris ? C'est normal. Ajoutez à cela que le barnehage c'est no sugar, donc pas de goûter à la française, rien, pas le moindre petit gâteau... Par contre les braillards mangeaient du salami !! Space non ?

J'ai persisté durant ces 2 années à apporter un thermos chaud avec de la bonne bouffe à la française alors que tous me disaient de faire des tartines à la norvégienne à Braillard2, celui réclamant à ses moniteurs du brød (pain), du brød et encore du brød. Pas la peine de se casser le c..., voilà le message à peine voilé qui nous était envoyé. 

Quel plaisir de retrouver du pain, un morceau de salami, une cuillère inconnus dans la matpakke de votre braillard, le soir venu en rentrant à la maison. Et de se dire avec émotion que quelque part dans la matpakke défraîchie d'un enfant se trouvent aussi, peut être, quelques grains de raisins écrasés ou un morceau de poisson ramolli, en provenance de VOTRE matpakke. Le barnehage, c'est aussi le partage.


Mais le barnehage, c'est aussi toute une philosophie de vie.
C'est emmener des enfants de 2-3 ans en bus public à Bygdoy, la presqu’île d'Oslo pour manger une matpakke dans la forêt et se balader... En France imaginez la sortie à la crèche !! Enfin non, n'imaginez pas, c'est pas imaginable. Des semaines de préparation, des réunions, des autorisations en 8 exemplaires signées par le préfet, des vivres, des larmes et de la sueur pour arriver au même résultat. En France, je me souviens pour Braillard1 d'une sortie au manège à 200 mètres de la crèche..
En Norvège, j'ai fini par trouver normal de ne pas être prévenue à l'avance que Braillard2 était de sortie (=gå på tur, aller faire une promenade).

J'ai vu en juillet dernier un groupe d'enfants jouant sous la pluie. Jusque là, rien d'anormal en Norvège.. Sauf que la simple pluie s'est transformée en déluge, un rideau d'eau impressionnant qui n’était pas sans rappeler les prémices de Vaison-la-Romaine en 92. La responsable du groupe s'est dit que quand même il fallait rentrer les gosses. Seule une petite Braillarde est restée sous la pluie, à patauger. La monitrice lui a indiqué d'un geste (à ce niveau de déluge, on n'entendait plus rien) l'endroit où les autres s'étaient réfugiés, au cas où la petite rebelle changerait d'avis. Elle l'a simplement incitée à se mettre à l'abri... La petite a ainsi continué à jouer sous une pluie d'enfer qui aurait immédiatement déclenché une alerte météo orange en France.
Ce tableau résume bien l'état d'esprit des barnehage norvégiens où l'on pense que l'enfant sait ce qui est bon pour lui.

Les règles sont assouplies pour que l’intérêt de l'enfant soit respecté d'abord et avant tout. Mouais, dans certains cas, du bla bla pour cacher le bordel ambiant !!
Dans les faits : j'ai retrouvé une fois Braillard2 dehors en body, pieds nus dans ses bottes de pluie, sans que personne ne trouve ça anormal. J'ai moi même renoncé à demander comment il avait pu en arriver là..
J'ai vu des Braillards à poil, qui venaient de jouer dans la salle d'eau (vannrom) et qui n'étaient pas pressés de se rhabiller. De toutes façons, les fringues avaient disparu.

Braillard2 quitte le barnehage pour l'école maternelle française et je suis un peu comme la trentenaire qui quitte son studio de célib' pour s'installer avec son copain et faire des projets, ou l'ex-étudiante qui a dégoté son premier job et sait qu'elle va rejoindre le monde sérieux des gens sérieux. Un peu nostalgique du passé mais contente de rentrer dans le moule finalement...

Ha det bra !

lundi 15 juin 2015

La vérité vraie sur les femmes d'expat' en Norvège

En cette fin d'année scolaire norvégienne surbookée, me trotte dans la tête une réflexion sur ma fonction actuelle dans mon pays d’adoption. Ma fonction, mon titre de gloire, ma carte de visite, c'est femme d'expatrié.

Oui je dis bien bien femme d'expatrié dans le sens où mon husband est expatrié en Norvège pour une durée de 3 ans, et qu'on dispose des avantages et privilèges liés à ce statut. En clair, on n'est pas venus ici sac au dos, Braillards sous le bras, et sans endroit où dormir..

Je suis donc femme d'expatrié, femme d'expat' pour les intimes, FE pour aller plus vite. Que n'ai je entendu sur les FE : femme oisive, hors des réalités, elle sert des Ferrero à l'ambassade, en souriant connement. Entre une séance shopping et une séance coiffeur, la FE boit le thé l'après midi tout en donnant des ordres à son petit personnel autochtone. Le soir venu, elle fait gouzi gouzi sous le menton à ses gamins avant de se rendre à un dîner habillé avec son époux.

Rétablissons immédiatement la vérité :

Idée reçue n°1 : Les FE, c’est que des glandeuses assistées

Mouais et ben pas en Norvège, mon pote. Ici point de bonniche qui vous fait de l'air avec un éventail géant, pendant que la cuisinière vous consulte sur le repas de soir. Le prix d'une femme de ménage représente un bras ou deux.
Je me suis donc auto-proclamée championne 2014/2015 de vidage de lave-vaisselle en moins de 2 mn, ainsi que vice-championne du remplissage de sèche-linge les yeux bandés et une main dans le dos (je déconne). Bref tout ça pour dire que les mythes de l'expatriation Club Med n'ont pas lieu d'être en Norvège.

Coté Braillards, ne pas espérer plus d'assistance. On s’occupe de nos marmots et pas 10 minutes le soir quand ils sont déjà au lit. Et pas de grand-mère à proximité pour prendre le relais de temps en temps. Pas de nounou sur qui se décharger en cas d'overdose de Braillards. On ne peut compter que sur nous mêmes.
Qu'il pleuve, qu'il neige ou vente, qu'il fasse beau et chaud (plus rare en Norvège), la FE est toujours fidèle au poste, disponible pour ses Braillards, un goûter dans le sac, une paire de bottes propres à la main, le sourire aux lèvres quand un de ses braillards lui saute au cou dans son habit de pluie dégueu. La FE est toujours prête à aller se geler les fesses au parc pour contempler ses braillards sauter dans les flaques géantes, glisser sur des toboggans poussiéreux, en pensant aux 1000 lessives qui l'attendent.

Comme une femme au foyer me direz-vous ?
Oui, mais une femme au foyer en mode aventure....

Idée reçue n°2 : les FE sont plan-plan

Pour une FE, l'aventure, c'est tous les jours.
En Norvège, j'ai fait les urgences plusieurs fois, j'ai stressé chez le dentiste, qui pour la peine m'a délestée de 6 000 NOK (+ de 700 €) pour 2 soins et un détartrage.
J'ai patienté chez le véto, qui pour la peine m'a délestée de 4 000 NOK (470 €). J'ai prié tout bas pour que mon chat n'ait jamais de problèmes de dents, ah, ah..
Et tout ça, seule, en anglais mélangé de norvégien.

J'ai fait plusieurs anniv' de braillards norvégiens, seule, et baragouiner norvégien avec des parents en mangeant des pølse à 14h00, c'est pas l’aventure, ça ??
J'ai bouffé du grønnkål (chou vert) en pensant manger de la salade verte. J'ai bouffé du grønnkål haché surgelé en pensant manger des épinards. Alors, y'a rien, là ?
J'ai conduit sur de la glace neigeuse, de la neige verglacée, du verglas enneigé... ahhh... je sais plus trop..
Et rappelez vous de l'épisode patinoire/luge...

C'est bien beau tout ça, l'aventure, les pølse, le véto hors de prix, mais pour quelles perspectives salariales ? Oui à combien évaluer l'investissement corps et âme de la FE au confort de son foyer ?
C'est là que le bât blesse. Rapporté au travail fourni, le taux horaire est dérisoire. Allez quoi, un resto avec les copines de temps en temps..
Pas de salaire, pas de points de retraite-FE, pas de RTT, pas de compte épargne temps...

Mais, par contre, le privilège d'aller à la plage parce qu'il fait soudainement beau, d'aller voir des aurores boréales tout en haut du pays, de pouvoir faire de super visites d'Oslo, de passer beaucoup de temps avec ses braillards sans les bousculer....
....le privilège de ne rien faire (de temps en temps), de faire pleins de choses (souvent)...
Et même le luxe d’être une mère indigne en allant chercher ses Braillards à l'école/barnehage à la dernière minute (eh, oh, ça va, si on était encore en France, ils auraient une vie beaucoup moins sympa !!).

Vous l'aurez compris, la FE n'est pas une neu-neu avec les deux pieds dans le même après-ski, c'est au contraire le pilier dans l’aventure de l’expatriation, un peu celle sans qui rien ne serait possible.. (après toi, mon husband bien sûr).

Ha det bra !